Vendredi 30 octobre 2009 5 30 /10 /2009 10:30

Ce dimanche du mois de février 1912, la Comtesse Arlette de la Moinetterie reçoit ses amies pour boire le thé au salon de son majestueux château, planté dans un paysage onirique en Haute-Normandie.

Les de la Moinetterie sont en partie une famille de Normands, descendants en partie des fiers vikings, voici un peu plus de dix siècles avant la formation du « duché de Normandie ».

Le château des de la Moinetterie respire les senteurs des forêts et des pommiers toute l'année. Il est bordé d'un côté par un bois immense et de l'autre, par de nombreux vergers. Ils donnent l'impression d'un tapis de neige moelleux quand ils sont en fleurs. A partir de chaque mois de septembre le spectacle se transforme et ce sont de magnifiques pommes rouges, vertes ou jaunes qui animent le paysage.

La comtesse s'agitait dans une pièce luxueuse parée de tableaux aussi magnifiques que les meubles stylés qui l’occupaient. Sur l'immense surface pavée étaient éparpillés par-ci, par-là, de superbes tapis d’Orient. Une énorme cheminée datant de plusieurs siècles trônait tout le long d’un mur et dégageait une douce chaleur agrémentée d’une bonne odeur de bois brûlé.

-  Eléonore rentre de son cours d’équitation, dit la Comtesse Arlette.

 - Venez mes très chères …

 - Asseyons-nous au salon pour l’attendre, ajouta-t-elle.

 - Baronne, prenez ce fauteuil bien confortable pour votre dos.

La Baronne de Portanda, d’un certain âge, ses cheveux blancs tombants sur un visage ridé, qui devait être jolie autrefois, se leva difficilement en s’aidant de sa canne, fixant de ses yeux bleus perçants, le fauteuil proposé.

Elle jeta un regard par la fenêtre au passage et dit à son amie :

 - vous devriez interdire à votre fille d’avoir tant de familiarités avec le petit personnel.

La Comtesse vit effectivement sa fille en grande conversation avec le palefrenier à peine plus âgé qu’elle et approuva les commentaires de la Baronne.

Celle-ci d’ailleurs installée dans le fauteuil, les mains croisées sur le ventre attendait la réaction de la Comtesse Arlette avec des yeux interrogateurs.

 - Vous avez raison ma Chère, je ne cesse de lui faire des remarques à ce sujet. Je lui ai expliqué que ce garçon n’était pas de notre monde et qu’il va se croire tout permis à force de lui accorder tant d’importance. Je ne vois pas de quoi ils peuvent discuter, il n'a aucune instruction le pauvre. De plus, je n'aime pas ses manières rustres et ses façons de lorgner sur tous les jupons qui passent, c'est très agaçant. Je ne lui reconnais qu'une qualité, l'entretien des chevaux et des écuries.

Quelques minutes plus tard, Eléonore entra bruyamment dans la pièce avec ses bottes d’équitation qui claquaient sur le parquet ciré, sans se soucier des odeurs de crottin qui parfumaient désagréablement le salon.

- Hum, cette odeur de cire qui sent bon le propre et qui donne envie de rentrer au bercail, dit Eléonore en ajoutant :

 - Bonjour tout le monde !

 - Ma chérie, commença sa mère, que pouvez vous bien raconter à ce Jerry en permanence ? 

-  Maman, je vous l’ai déjà dit !

- Jerry est un garçon charmant qui n’a pas son pareil dans l'élevage des chevaux.

-  Et si vous saviez comme il m’amuse, vous devriez lui adresser la parole un jour, vous seriez surprise de son humour, et j’adore sentir le crottin de cheval ajouta-t-elle, l’air malicieux.

La Baronne de Portanda pinça du bec et sembla choquée du comportement d’Eléonore.  Sans se préoccuper de la bienséance, elle se servit une tasse de thé bien fumante pour l’avaler aussitôt.

- Ah, ça fait du bien !ça réchauffe par ce froid de canard, crie-t-elle à la compagnie.

- Serez-vous des nôtres à la soirée que nous donnons au château dans une semaine ? , enchaîna la Marquise Mélanie de Barlinto.

            -  Mon fils serait ravi de vous y voir, ajouta-t-elle.

- Bien sûr, répondit sa mère avant qu’Eléonore n’ait le temps d’ouvrir la bouche, ce sera un réel plaisir pour nous, comment va Alphonso ? 

- bien, très bien, il termine ses études à Paris à l'école normale, il nous donne toute satisfaction. Heureuse sera la femme qui l’épousera, insista-t-elle.

Eléonore  supportait difficilement ses panégyriques incessants au sujet de son fils qu'elle trouvait prétentieux.

-         il nous étonne beaucoup avec mon mari, depuis tout petit il veut être instituteur et il se donne entièrement pour parvenir à ses fins

justement je lisais un document l'autre jour dit la Baronne de Portanda, les femmes institutrices veulent devenir les égales des hommes. Elles veulent faire partie du syndicat, comme si elles n'avaient pas d'autres choses à faire. Certaines femmes revendiquent

 

 

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Par Laretiste27 - Publié dans : lecture - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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